Ma jeunesse,
ma vie de tous les jours à la maison et au village !



Le calendrier de nos journées était bercé par la vie religieuse, par les fêtes, par les travaux des champs, mais aussi par les habitudes, les traditions et les coutumes et pour nous les enfants, par l’école.

Je crois qu’à cette époque, les journées s’écoulaient en laissant le temps aux hommes et aux femmes de s’attarder pour bavarder entres eux, pour discuter avec le voisin ou aux gens de rencontre.
La maîtresse de maison ou le maître de maison partageait le verre de l’amitié le petit schnaps ou la liqueur faite maison (cassis – noix – pousse d’épines…) avec les visiteurs.

Ma mémoire sélectionne et peut-être enjolive ce que je vis de meilleur et occulte de reste.
Mais quoi qu’il en soit, je reste persuadé que les années d’après guerres ont été des années plus heureuses que d’autres.

Ne possédant presque rien, les gens, surtout dans les campagnes, se contentaient de peu.
Après la peur et l’horreur qui avaient duré cinq ans, il y avait dans l’air un besoin de bonheur immédiat,simple et naturel, une envie de se sentir vivant et d’aimer la vie. Cette atmosphère s’est dégradé au fil des ans, une fois « l’abondance » revenue… C’est dommage…

Aussi au travers de ces lignes, j’aime à me remémorer les moments les plus heureux, car il me semble important, qu’ils restent vivants.
Et où ne le seraient-ils pas mieux que dans mes souvenirs ?

C'est maman qui nous réveillait chaque matin pour nous préparer le petit déjeuner et aller à l’école.
Nous buvions ma soeur Clarisse et moi un grand bol de « BANANIA » avec des tartines de beurre et de confiture.

Aujourd’hui, la boîte de banania n’a plus le visage du tirailleur sénégalais, sont fond jaune qui rappelle la banane, le rouge et le bleu l'uniforme des tirailleurs et le slogan y'a bon.. Qui s’inspire du langage de ces soldats.

En sortant de la maison, lorsqu'il était l’heure de partir, nous croisions toujours nos copains ou copines. Nous étions plusieurs à marcher sur la route à nous raconter, je ne sais plus quelles histoires, aventures ou autres…
Mais attention, la plus part d'entre nous avaient chaque matin une mission sérieuse à assurer !
Il fallait emmener le bidon de lait à la ferme de Monsieur et Madame REINERT derrière laquelle nous passions pour aller à l'école.
Le matin, nous déposions le bidon vide devant la porte et à midi, lorsque nous rentrions à la maison, il suffisait de prendre le pot au lait que Madame REINERT avait remplit selon les demandes de chaque famille.
Il suffisait ensuite de le ramener à la maison… Si possible avec son contenu…

Il n'était donc pas question de brutaliser le pot au lait lorsqu'il était plein ; le seul risque était de l'oublier en passant devant la porte de Madame REINERT, ce qui arriva de temps en temps !
Par contre le matin, à vide, le pot au lait faisait plus d'une fois la girouette au bout du bras tendu quand il ne finissait pas sur la tête d'un copain bagarreur.
Je ne sais pas pourquoi, en tout cas le mien était bien cabossé...

En écrivant ces lignes, je m'imagine encore, faire le trajet de la maison à l'école. Il me vient des odeurs au nez qui me rappellent une foule de détails.
Lorsque nous passions certains matins d'hiver dans le petit chemin derrière la ferme où monsieur REINERT possédait une distillerie on sentait l'odeur de la distillation. Certains matins, nous pouvions voir monsieur REINERT ou son fils œuvrer devant le grand chaudron en cuivre. Il y avait toujours du bois déposé devant la porte.
Ils étaient assis là, à surveiller le feu !
Certains autres jours, ce n'était pas des odeurs de Schnaps qui nous montaient au nez, mais l'odeur de paille et de chair brûlée. Il nous arrivait alors de tomber nez à nez ( j'exagère ! ) avec 2 moitiés de cochon pendus à une échelle posée contre un mur.

LES DEVOIRS A LA MAISON…

Entre midi, maman nous faisait parfois réciter nos récitations. Le soir par contre, il fallait faire en plus nos devoirs écrits. Maman nous installait Clarisse et moi, chacun à un bout de la table de la petite cuisine. Clarisse avait beaucoup plus de facilité que moi pour apprendre. Elle retenait très facilement. Moi je devais travailler davantage ! C'est maman qui nous faisait réciter nos leçons ou nos « satanés » multiplications !

J’avais du mal ! Et il en a fallut des répétitions…
Clarisse ne savait pas encore ce qu’était une multiplication et avant même qu’elle n’aille à l’école, lorsque papa ou maman lui posait la question : « 6 x 6 ? »
Elle répondait du tac au tac, à force de me l’entendre dire : « 36 ! »
Ca sonnait bien à son oreille !

Certains soirs, en plus des devoirs, j’avais des punitions à faire. Il fallait alors recopier 100 fois je ne sais quelle phrase ! Je ne vous dis pas comment j’ai rêvé à écrire plusieurs lignes en même temps en collant 2 stylos l’un contre l’autre ou je ne sais quelle autre astuce.
Malheureusement cela n’a jamais été applicable. Il fallait assumer !

LES REPAS :

Nous nous mettions tous les quatre à table. Papa et maman à chaque bout, J'étais assis à coté de papa et Clarisse à ma droite.
Nous récitions une prière avant de manger. C'était une habitude que nous avions prise avant chaque repas, pour le déjeuner comme pour le dîner. Nous récitions, je crois le « Notre Père ».

Papa ou maman prenait toujours soin de tracer une croix avec la pointe du couteau sur le dessous du pain avant de l’entamer. Cette habitude m’est restée et nos filles en font autant aujourd’hui !
Nous avions d’autres habitudes qui ont perdurées, comme celle par exemple de retourner son assiette et de manger le fromage « Sur le cul de l’assiette » comme dit papa !
Si ma tante Joséphine (celle de la Vienne, la soeur à maman) fait encore chabrot aujourd’hui en versant du vin dans sa soupe de bouillon de vermicelles comme font les gens de certaines régions et plus particulièrement les gens de la Vienne, cette habitude n’est pas passée dans notre famille.

J’ai toutefois retrouvé ce plaisir durant l’hiver 2003 en versant du vin dans un restant de bouillon de poule. Et bien j’ai eu une pensée émue pour mon pépé, pour Roger et pour ceux de la Vienne en général !!!

Par contre et pour rester dans les habitudes de la Vienne, il arrivait également à maman de nous faire en été, lorsqu’il faisait bien chaud, un bon « mijet » au vin ou au lait !
J’ai essayé d’en boire cet été 2003. C’est vrai que ça désaltère bien !!!

A table, Clarisse et moi buvions de l’eau, papa buvait du vin.
S’il restait un anneau dans le goulot de la bouteille après qu’il se soit servi, maman disait :
« Tiens, on aura du courrier aujourd’hui ! »
et l’on comptait alors le nombre d’anneaux dans le goulot de la bouteille pour savoir combien de lettres nous devrions recevoir !
« …Et bien vous voulez que je vous dise : Et Ben ce truc-là, ça ne marche pas ! »

Pour le dîner, en semaine, maman nous préparait la plus part du temps à Clarisse et à moi un grand bol de « banania » avec des tartines. Cela nous suffisait !

Je me souviens qu’en apportant à bout de bras sa casserole de lait bouillant pour nous le verser, elle prenait soin de ne pas faire tomber dans notre bol la peau qui s’était formée à la surface du lait pendant la cuisson. Mais en principe, la crème ne tombait jamais dans le bol, car elle utilisait une petite passoire. Clarisse appelait ça le « Coule-passe ! ».

Personnellement, cette crème ne me dérangeait pas beaucoup. Je la mangeais même étalée avec du sucre en poudre sur des tartines de pain…
Mais des tartines de beurre avec de la confiture de quetsche, de rhubarbe, de mirabelle, de mûres, de groseille, de pomme... C’était tout de même bien meilleurs !

Les bols fumaient. Le lait n’avait pourtant pas bouilli, car maman faisait tremper dans la casserole une sorte de rondelle en verre qui empêchait le lait de passer par-dessus !

Mais cela n’empêchait pas le lait d’être bien chaud ! Nous soufflions longuement dessus, avant d'oser aspirer du bout des lèvres la première gorgée par le bord de la tasse inclinée prudemment.

Certains soirs, maman préparait une bonne soupe de légumes bien épaisse avec des « Krumpakischelscha » ( galette de pomme de terre râpée ), ou des crêpes.

Le dimanche, maman nous faisait du pot au feu. Le bouillon servait à faire de très bonne soupes aux vermicelles en guise d’entrée. Nous aimions ça !

Lorsque tout petit, Clarisse ou moi, nous ne voulions pas vider le contenu de notre assiette, maman, comme sûrement toutes les mamans réussissait à nous la faire vider comme par enchantement en disant : « Allez… Une cuillère pour maman… Une cuillère pour papa » etc.
Lorsque toute la famille : Pépé, mémé, papa, maman, Boby, le nounours, la poupée avaient eu sa cuillère, l’assiette était vide… Et tout le monde était content !!!

Le soir, nous allions au lit de bonne heure. Il n'y avait pas encore de télévision à la maison. Mais nous avions la radio !

Par contre, lorsque nous avions en vacances l’un ou l’autre de mes cousins ou cousines, nous bavardions très tard au lit, malgré les mises en garde de maman qui disait :
« Dormez vite, si non le vieux viendra vous chercher ! »
Cela nous empêchait pas de rire et de bavarder tard dans la nuit.

Mais d’un seul coup, un jet de pierre contre le volet nous rappelait les paroles de maman :
« Chuuuut ! C’est le vieux ! ».

Nous nous doutions pas que le vieux avait l’âge de papa ou de maman !
Mais cela avait le mérite de nous calmer dans la minute !

En dehors des moments où nous avions de la visite et une fois nos devoirs terminés, nous passions nos soirées avec papa et maman dans la grande cuisine.

Je me rappelle de certains soirs où j’aidais maman à défaufiler un tricot. Au début c’est moi qui glissais chacun de mes bras dans le tricot et c’est maman qui formait la pelote.
Plus tard, c’est maman qui tenait le tricot et moi qui enroulais la laine pour en faire une belle pelote toute ronde… Ou presque !

Il arrivait aussi à papa de bricoler le soir dans son atelier.
Comme l’endroit était chauffé avec un four à bois, je jouais dans la buanderie à coté de lui !
L’atelier à papa était toujours bien rangé. Il s’était en effet installé un fourneau à bois, pour chauffer la pièce pendant qu’il travaillait les journées d’hiver. Ca sentait bon le bois !
Ces outils étaient accrochés à un grand panneau en lattes fixé au mur. Ils étaient maintenus avec 1 ou 2 clous placés judicieusement en fonction de la forme de la clé, de la pince ou du marteau.

Chaque outil était peint d’une couleur différente, cela me permettait de les reconnaître facilement lorsque papa me demandait d’aller chercher telle ou telle pince :
« Va me chercher la tenaille, la bleue et la pince multiprise… La rouge ».

J’apprenais ainsi très rapidement le nom des outils.
C’est dans cet atelier qu’il a fabriqué un petit lit ou un petit berceau en fer forgé. Le premier était réservé pour Clarisse lors d’un Noël, mais il en fit plusieurs copies par la suite pour ses petites-nièces. Maman avait acheté de la dentelle pour recouvrir le lit et en faire un véritable berceau de poupée. C’était un très beau cadeau !
J’ai fait, mais bien plus tard, le même berceau pour Christelle, ma filleule.

C’est également dans cet atelier que j’ai confectionné plusieurs pots de fleur pour maman et Joséphine, la femme à pati, mon parrain. J’ai également confectionné un beau porte-manteau…

C’est relativement facile à réaliser. Il ne faut pas trop de matériel. Il suffit d’un bon étau.
Papa avait réalisé une forme pour tourner le fer et faire des boucles. Je profitais largement de la chaudière pour amener le fer au rouge et ainsi mieux le tourner, le plier ou le torsader.
En 1994 j’ai confectionné une belle lorraine en fer forgé pour fixer contre le mur de notre maison, papa m’empruntera le modèle pour faire la même.
J’ai également forgé les lettres du nom de notre maison : « Ma Lorraine »

En hiver, lorsqu’il faisait trop froid ou que nous étions tout simplement trop fatigués pour veiller, nous allions chacun dans notre lit. Maman nous glissait une belle bouillotte en caoutchouc sous les draps !

Plus tard, papa a installé avec l’aide de son frère, pati, des radiateurs dans toutes les pièces de la maison. L’eau qui circule dans les radiateurs provient d’une chaudière au coke installée dans l’écurie.

Pour nous approvisonner en coke, c’était Monsieur Weiss et plus tard notre voisin Jeannot qui allaient avec leur camion ou tracteur et charrette le charger à la Houve à Creutzwald.
Lorsqu’il revenait, Jeannot positionnait sa charrette sur le coté de notre maison.
S’il n’avait pas besoin de la charrette tout de suite, nous déchargions le coke dans l’écurie directement à partir de la charrette au travers d’une petite fenêtre. Si non, il renversait le coke par terre et il fallait ensuite le pelleter dans l’écurie toujours à travers la petite fenêtre ou par la porte de l’écurie…

Il y avait du coke certes, mais papa coupait en plus du bois de chauffage.
Papa et pati avaient fabriqué une scie circulaire actionnée par un moteur électrique.
La scie circulaire était fixée sur une espèce de grosse table en fer et était reliée au moteur au moyen d'une longue courroie de cuir. Les dents de la scie mordaient le bois d'un son aigu, qui allait crescendo et decrescendo avec la grosseur des bûches qu'on débitait en rondins.
Après leur passage, la lame continuait à chanter encore un moment toute seule, sous l'effet des vibrations du métal. Cela s’entendait dans tout le village !

Ce travail était dangereux, papa ou pati opéraient toujours avec des gestes lents et mesurés.
D'une main ferme et sûre, l’un alimentait en rondin de bois, l’autre poussait les rondins sous la lame.
Une fois tranchés, les bouts étaient jetés au sol. Ma charge consistait à les évacuer du pourtour de la table de la scie pour les mettre à l'écart sur un tas…

Le travail terminé, j'aimais passer ma main dans le tas de sciure qui s’était formé en dessous de la table. C'était de la belle sciure, bien moelleuse, toute fraîche et encore jaunâtre à cause de son humidité…

Dans les jours qui suivirent, il fallait fendre les rondins, sans attendre que le bois ne sêche trop, car plus il est sec, moins il est facile à fendre.
Fendre le bois faisait sûrement transpirer très fort. Pas étonnant que l’on dise : « Le bois chauffe plusieurs fois, avant de brûler dans le fourneau ! »

Quand la hache se coinçait dans un nœud, papa soulevait la bûche emprisonnée telle quelle dans le rondin, et, au plus haut de son ascension, il la retournait d'un mouvement de bascule pour faire tomber le plus fortement possible la tête de l'outil sur le billot.
Le bois éclatait alors de lui-même sur le tranchant du métal, dans le fracas sonore qui caractérise les bûches de bois vert.
Le bois fendu exhalait encore une bonne odeur de sève fraîche, avant de sécher au soleil et au vent.
On entassait le bois coupé dans l’écurie.

LE COMMERCE DANS LE VILLAGE DE DALEM :

Nous n'avions pas beaucoup de gâterie à l'époque : bonbons, chocolat etc.
( Bien sûr, je compare à aujourd'hui. Mais tout compte fait, si je devais me replacer dans le contexte de l'époque, nous n'avions sûrement pas, ma sœur et moi, à nous plaindre, loin de là ! )

De temps en temps, nous recevions quelques pièces ou alors nous avions l’autorisation d’utiliser le reste de la commission pour acheter des friandises ou autres bonbons ou caram’bar.
Nous allions quelques fois dans une petite épicerie tenue par une dame âgée : chez MAAS Lisa .
Cette épicerie était placée dans le virage juste avant la boulangerie. Il y avait là plein de bocaux de verre ou boîtes, remplis de bonbons de toutes les couleurs !
Malheureusement, elle abandonna son commerce au début des années 1960, j’avais 5 ans ! Je n’y suis donc pas allé très souvent !

Par contre, nous allions « chez KINDO », le quincaillier.
Un quincaillier qui vend des bonbons ? Hé oui !

Nous regardions l’étalage de boîtes de bonbons au travers d’une vitre et c’est en pointant le doigt que l’on choisissait… Mais avant, il fallait compter la menue monnaie que nous avions dans la poche. Parfois, cela ne dépassait pas les 10cts…
Tiens au fait, quels étaient les bonbons que nous mangions à cette époque ???
Il y avait :
Le malabar… Qu’il nous arrivait d’avaler par mégarde !
Le carambar …
La boule de chewing-gum colorée…
La fraise…
Le rouleau de réglisse…
Le nounours en guimauve…
La sucette…
Le « Mistral gagnant », sachet de poudre avec sa paille…
Les sucettes…
Les roudoudous… (en vrai coquillage)
Les têtes de nègre…
La boule de coco…
Les pailles contenant de la poudre acidulée ou des petites billes sucrées.

C’était peut-être bizarre de trouver des bonbons chez KINDO, mais nous trouvions de tout dans ce magasin !
Quand je dis que nous y trouvions de tout, je n’exagère pas ! Du petit clou au gros clou, du fil de fer à la barre de 4 mètres, de la petite rondelle à la vis impossible, des cadeaux que nous faisions pour la fête de mères, du matériel scolaire, de la rustine en passant par le matériel électroménager etc.

En fait, il n'y avait pas une semaine voire un jour où nous n'allions pas les uns ou les autres chez KINDO ! Et tout le village faisait comme nous !

Quand ce qu’il y avait à acheter était trop compliqué à retenir, papa me l’écrivait sur un bout de papier… Il suffisait que je donne le papier à monsieur KINDO et c’est tout ! Et si ce n’était pas la bonne vis, le bon truc etc. Il suffisait de le rapporter pour qu’il l’échange !
Madame et monsieur KINDO se relayaient au comptoir. Ils s'occupaient l'un comme l'autre de tous les clients.

Madame servait aussi bien les bonbons que les vis et monsieur étaient aussi patient avec les enfants qu'avec le cultivateur qui venait pour souder un bout de charrue, de herse, réparer la roue de son vélo etc.
Il n’y a pas une maison au village qui n’a pas quelques souvenirs provenant de chez KINDO !

LES AUTRES COMMERCANTS DU VILLAGE :

Il y avait une épicerie : « chez BACH » (prononcez BARRR !).
Il y avait là également un couple de commerçants très gentils. L'un comme l'autre se relayait et parfois même, aux heures de pointe, servaient les clients ensemble.
Maman nous donnait une liste de commissions, mais on ne se servait pas tout seul. Il fallait demander ! Il utilisait une balance avec des poids qu'il disposait un après l'autre jusqu'à obtenir le bon équilibre.

Il y avait également une autre épicerie située " dans la Reih ", « chez CHALTE ». Nous n'y allions pratiquement jamais. Chaque famille du village avait ses habitudes.
Nous, c'était chez BARRR !

Par contre, il n’y avait qu’un seul boulanger : Emile TRIDEMY.
Il faisait du bon pain ! Tous les jours, j’allais en chercher avec mon vélo. Maman me donnait un filet à pain et hop ! Je revenais avec 1 pain voire deux lorsqu’il y avait un WE. Je ne vous ferais pas le coup de la bonne odeur dans la boulangerie, car c’est ainsi dans toutes les boulangeries du monde…

Ce dont je me rappelle, c’est qu’il n’était pas toujours facile de rouler en vélo avec, accroché au guidon un grand filet à pain ! C’était casse g…. !

Nous étions donc dans le village, relativement autonome…
De temps en temps, on voyait ou plus exactement on entendait les colporteurs :

LES MARCHANTS AMBULANTS OU COLPORTEURS :

Il y avait le marchand de cochon. Je crois que mémé disait « Lo kumt da Cosson ! ».
Je l'ai vu un jour s'arrêter en haut de la cote derrière la maison à mémé. Il avait un grand camion bâché.

Lorsqu'il soulevait la bâche, on voyait plein de ridelles au travers desquelles passaient les groins des porcelets tous roses quand ce n’était pas une belle petite queue en tire-bouchon !
Le marchand attrapait alors un porcelet qu’il empoignait d’une main ferme par une des pattes arrière levée à hauteur de hanche, de sorte que l'animal basculait vers le bas en ne touchant terre que par les pattes avant. Dès qu'on montrait de l'intérêt pour sa marchandise, il empoignait un deuxième porcelet de l'autre main. Les pauvres se débattaient et grognaient, lâchaient des cris aigus à se faire entendre dans tout le village…

C’était un grand plaisir que d’aller dans l’écurie pour regarder ces petites bêtes fouiller avec leur groin dans la mangeoire. Leur repas terminé, ils passaient leur groin entre les barreaux de leur boxe pour réclamer la suite !
Plus gros, le cochon ne nous intéressait plus. Il avalait sa nourriture par grosses lampées et claquements sonores.
Nous allions pourtant les voir, mes cousins et moi. Et pour les regarder manger, nous leur donnions parfois en guise de nourriture un morceau de charbon… Maman grondait !

Il y avait également le marchand de peau de lapin : Celui-là on l'entendait de loin, car il sonnait la cloche et criait :
« Chiffons, ferraille, pôôôô d'lapin ! » Gling gling gling « Chiffons, ferraille, pôôôô d'lapin ! »

Il y avait également des gens qui faisaient du porte à porte pour quémander un peu d’argent…

Si nous trouvions dans notre village presque de tout, nous étions obligés de temps en temps tout de même d’aller en ville.

Pour l’habillement, chaque famille avait ses habitudes. Les uns allaient à BOUZONVILLE, les autres à CREUTZWALD.

Le docteur ? Nous le trouvions à BOULAY ( Docteur AUER ).

Le dentiste ? Une fois que nous avions, ma sœur et moi perdus toutes nos dents de lait et que la petite souris nous avait assez ramené de pièces en échange de cette dent cachée sous l'oreiller, nous sommes allés chez le dentiste à FALCK.
Ce dentiste s'est très vite rendu compte que j'avais les dents qui poussaient vers l'avant. Il m'a donc installé un appareil dans la bouche pour les redresser. Je l'ai conservé longtemps, peut-être bien 2 ou 3 ans. Souvenirs pénibles !

Le coiffeur ? Le coiffeur lui, nous l'avions à domicile…
En effet, c'est papa qui me coupait les cheveux. Je m'asseyais sur une chaise. Il tournait autour de moi avec son appareil mécanique. La coupe était assez sévère ! Lui dira « efficace » ! Les oreilles étaient dégagées… C’était la mode de l'époque !

Nous n'avions pas encore la télévision à la maison ! J'allais par contre la regarder chez tatan Joséphine, ma tante, qui habitait juste en face et qui s'en est acheté une en 1959. Je suivais les feuilletons de l’époque : Kit Carson, Thierry la Fronde, Rintintin etc.

Mais nous avions d’autres occasions de voir des projections…
Je ne crois pas que c'était des westerns !!! Oh non !!!!
Il y avait en effet des pères missionnaires, des « Pââtas », comme nous les appelions, qui de passage dans le village invitaient les enfants à venir regarder une projection.
C’était des films sur l'Afrique et leur mission de catéchisme et sur les animaux !
Cela se passait dans le café de l'époque chez Victorine. Il me semble que c'était un grand événement. Lorsqu'il n'y avait pas de projection, ces pères missionnaires nous présentaient des objets de l'Afrique, des masques, des timbres, des habits etc.

Puisque je parle du café « chez Victorine », il faut savoir que c'était également l'endroit où il y avait le seul téléphone du village. Je me souviens qu'il était accroché au mur à droite en entrant dans une grande salle. Il avait une manivelle qu'il fallait tourner avant d'avoir la correspondance. Nostalgie !

LES TACHES MENAGERES :

En dehors des bêtes à nourrir tous les jours, il y avait d’autres tâches ménagères quotidiennes comme le repassage, laver le linge, faire à manger pour la famille etc.

Nous essayions de ne pas trop salir ! Pendant un temps, comme sûrement dans plusieurs maisons du village, maman nous obligeait à utiliser des patins sur lesquels nous glissions pour nous déplacer dans la chambre à coucher recouverte d’un beau parquet. Mais cela n’a pas duré longtemps…

A la cuisine, maman faisait du café avec de la chicorée : Il fallait au préalable moudre les grains avec le moulin à café.

Maman lavait son linge à cette époque, dans une grande machine dans laquelle tournoyait un brasseur. Pour rincer le linge, elle le pasait entre deux rouleau en bois
Plus tard, est venue sur le marché la fameuse poudre « BONUX », la lessive aux 1000 cadeaux !
Enfants, nous étions toujours pressés de voir ce que contenait le baril !
Mais le premier cadeau de Bonux disait la pub c'est la blancheur !
Malheureusement le cadeau disparaît en 1990, suite à une loi stipulant que la prime ne doit pas dépasser un certain pourcentage du prix du produit. Etc. Etc.
Mais depuis le 29 février 2000, le cadeau Bonux est de retour.......
Le cadeau Bonux deviendra même une expression populaire, ainsi que cette phrase, oh combien célèbre : « Hé ! T'a eu ton permis dans un paquet de Bonux ! » Cela voulait tout dire !!!

EN HIVER :

Comme il n’y avait plus de travaux à faire dans les champs et que seules les bêtes demandaient journellement des soins, maman occupait ses journées à tricoter…
Elle tricotait des pulls, des vestes, des gants, des chaussettes même. Elle raccommodait tout ce qui pouvait encore être utilisé.

Oui, je me souviens de maman qui tricotait à l’époque des chaussettes en grosse laine. Je me souviens et la vois encore monter sa laine sur quatre aiguilles disposées en carré. De ses doigts agiles, elle faisait machinalement danser une cinquième aiguille sur le pourtour du carré, en tricotant deux mailles endroit, deux mailles envers, ce qui donnait des côtes régulières le long de la jambe…

Lorsque l’hiver approchait, maman tricotait des gants en laine. Ils ne nous protégeaient pas beaucoup, mais tout de même un peu du froid. Il ne fallait surtout pas les mouiller.
Et ça c’était difficile !
Demandez donc à des enfants de garder les mains en poche lorsqu’une belle neige bien craquante vous invite à une belle partie de boule de neige !

En hiver, nous faisions également de longues glissades sur la glace dans le pré à coté de la maison, juste sous la fenêtre de la cuisine à maman.
Dans la cour de la maison, on confectionnait des igloos ou des bonhommes de neige, on faisait moult batailles de boule.

Lorsque nous ne voulions pas faire de glissade ou de batailles de boule de neige, nous faisions des descentes de traîneau le long du chemin qui monte à coté de la maison de madame MOGET. Nous démarrions de tout en haut, quasiment au bord de la forêt et nous nous arrêtions presque sur la route. Plus tard, nous allions faire du traîneau dans un pré à coté de l’école. La descente était raide et longue. Il ne fallait pas rater la porte au bout du champ !

Si les plus prudents, s’asseyaient gentiment sur leur traîneau, les téméraires descendaient la grande cote en « Pansat », couché à plat ventre sur la luge, les jambes en arrière, bien droites.
De temps en temps, pour corriger la direction, la pointe de la chaussure labourait la piste en soulevant des volutes de neige.

Bref, nous rentrions toujours à la maison meurtris jusqu’aux os, les pieds et les mains gelées, les mâchoires paralysées et les oreilles déchiquetées par les dents invisibles de l’aire gelée.

Grelottant de froid et tous mouillés, maman nous installait alors sur une chaise devant la cuisinière à charbon. Elle ouvrait la porte de la cuisinière et nous glissions les pieds au bord du four.
Nous étions éblouis, harassés, mais heureux !
Dans cette cuisinière, maman nous préparait souvent… Mais pas en même temps hein ! ; de belles pommes au four avec du sucre. Hum !

Le soir, avant d’aller au lit, maman nous préparait une bonne bouillotte qu’elle glissait sous les draps au fond du lit, pour nous chauffer les pieds.

Qu'elle était belle la vie !



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